TRANSFORME, le pari de la microfinance pour élargir l’accès aux services financiers aux PME
La microfinance congolaise change d’échelle et, avec elle, une partie de l’architecture de l’inclusion financière en République démocratique du Congo. Anciennement connue sous le nom de Conférence nationale de la microfinance, la grand-messe du secteur se tient désormais sous le label de Semaine congolaise de la microfinance, SECOMIF. Ouverte ce mardi à Kinshasa par le gouverneur de la Banque centrale du Congo, cette édition est placée sous le thème : « Finance inclusive, croissance durable des PME et développement équitable : écueils, enjeux et perspectives ».
Le Projet TRANSFORME figure parmi les soutiens majeurs de cette dynamique. Financé par le gouvernement congolais avec l’appui de la Banque mondiale, ce programme de 300 millions de dollars a été approuvé en 2022 pour soutenir les femmes entrepreneures, renforcer les micro, petites et moyennes entreprises, améliorer l’accès au financement et promouvoir la création d’emplois en RDC. Son ambition dépasse l’appui ponctuel aux entrepreneurs : il s’agit de consolider l’écosystème qui permet aux PME, notamment celles portées par les femmes et les jeunes, d’accéder à des services financiers, numériques et productifs adaptés.
Derrière ce rendez-vous professionnel, qui réunit régulateur, institutions de microfinance, coopératives d’épargne et de crédit, partenaires techniques et financiers, se dessine un enjeu plus vaste : faire de la microfinance l’un des leviers de la transformation économique congolaise. L’Association nationale des institutions de microfinance, ANIMF, présente la SECOMIF 2026 comme un rendez-vous stratégique du secteur, prévu du 3 au 6 août 2026 à Kinshasa, avec une conférence rassemblant plus de 300 experts, cadres, régulateurs et partenaires au développement, suivie d’une foire des PME et micro-entrepreneurs attendue du 7 au 9 août.
Dans son mot de circonstance, le coordonnateur national du Projet TRANSFORME a résumé l’enjeu en une formule : « L’inclusion financière constitue un moteur de développement économique, d’autonomisation des femmes et des jeunes, et de renforcement de la confiance entre les populations et les institutions financières. » Ce soutien à la SECOMIF n’est donc pas seulement institutionnel. Il s’inscrit dans une stratégie visant à rapprocher les services financiers des populations encore exclues ou insuffisamment servies par le système bancaire classique.

Cette stratégie repose sur un triangle d’acteurs : les IMF, les COOPEC et la Banque centrale du Congo. Avec l’ANIMF et l’APROCEC, le Projet TRANSFORME dit partager « une même ambition : rapprocher les services financiers des populations et faire progresser une inclusion financière réellement accessible à tous ». Dans un pays-continent où les distances, l’informalité et la faible densité bancaire limitent l’accès au crédit, à l’épargne et aux paiements sécurisés, la microfinance reste l’un des rares canaux capables d’atteindre les ménages modestes, les commerçants, les artisans, les agriculteurs, les jeunes entrepreneurs et les PME de proximité.
L’un des appuis les plus visibles concerne la digitalisation des IMF et des COOPEC. En février 2025, le Projet TRANSFORME a signé un contrat pour la digitalisation du secteur de la microfinance et la fourniture de 10 000 terminaux de paiement électronique, TPE, destinés aux IMF et COOPEC. Le marché a été remporté par le groupement PAYCODE FINTECH Congo, BANKTECH Software Services Limited et Hong-Kong Top Wise Communications Co Ltd. L’objectif est clair : connecter ces institutions au switch monétique national de la Banque centrale du Congo, faciliter les paiements électroniques, réduire les risques liés à la manipulation du cash et accroître la traçabilité des transactions.
Ce choix technologique constitue une rupture pour un secteur longtemps dominé par des opérations manuelles, des agences physiques et des services limités par la distance. La plateforme numérique soutenue par TRANSFORME prévoit un système de core banking, un progiciel de gestion intégré, des modules monétiques, la production de cartes de paiement MOSOLO et le déploiement de 10 000 TPE. Elle vise également à permettre aux IMF et COOPEC de dialoguer avec le reste du système financier formel, notamment à travers l’interconnexion avec le switch monétique national de la BCC.
La portée de cette digitalisation va au-delà du confort transactionnel. Pour les PME, en particulier dans le commerce, l’agriculture, les services ou la transformation locale, l’accès à des paiements numériques fiables peut améliorer la tenue des comptes, sécuriser les recettes, réduire les coûts de transaction et ouvrir progressivement la voie à une analyse plus fine du risque de crédit. Les articles publiés à la suite de l’accord d’avril 2026 soulignent que le dispositif doit favoriser le déploiement de plus de 10 000 agents bancaires dans les 145 territoires du pays, avec une attention particulière aux zones rurales et insuffisamment desservies.
TRANSFORME agit aussi sur les capacités opérationnelles des institutions. En avril 2026, le Projet a publié un appel à manifestation d’intérêt pour recruter un cabinet chargé d’assistance technique aux IMF et COOPEC dans l’implémentation des agents bancaires. La mission couvre la planification stratégique et opérationnelle, le recrutement, la formation, le déploiement des agents, le renforcement des capacités et le suivi-évaluation, avec l’objectif d’étendre l’offre de services financiers numériques dans les zones non desservies et vers de nouveaux bénéficiaires, notamment les PME détenues par des femmes.
L’appui du Projet ne se limite pas aux institutions de terrain. Il s’étend également à la Banque centrale du Congo, dont le rôle de régulateur est déterminant pour la crédibilité du secteur. En février 2025, TRANSFORME a lancé un avis pour le recrutement d’un consultant individuel chargé d’élaborer un cadre légal et réglementaire de la microfinance au profit de la BCC. La mission visait notamment la rédaction d’une nouvelle loi unique sur la microfinance, intégrant les meilleures pratiques internationales, les besoins d’inclusion financière des femmes, des jeunes et des populations vulnérables, ainsi que les exigences de résilience économique et de durabilité.
Autre chantier majeur : la modernisation de la Centrale des risques à la Banque centrale du Congo. En juillet 2025, TRANSFORME a publié un avis relatif à la fourniture et à la mise en place d’un nouveau dispositif de centralisation des données granulaires sur le crédit à la BCC. Un addendum publié en septembre 2025 a prolongé le calendrier de dépôt des propositions, confirmant l’importance de ce marché dans la modernisation de l’information financière et de l’évaluation du risque de crédit. Pour un secteur de la microfinance appelé à financer davantage de PME, la qualité de l’information sur les emprunteurs devient un élément central de confiance, de discipline de marché et de réduction du surendettement.
L’enjeu est considérable. Selon les données reprises par le Projet TRANSFORME, la Stratégie nationale d’inclusion financière 2023-2028 situe le taux d’inclusion financière en RDC à 38,5 %, avec un objectif gouvernemental de 65 % d’ici 2028. Cet objectif vise en particulier les groupes relativement exclus : résidents ruraux, MPME, femmes et jeunes. Dans cette perspective, la microfinance n’est pas un secteur périphérique. Elle devient l’un des instruments concrets par lesquels l’État, le régulateur et les partenaires au développement cherchent à élargir la base économique formelle du pays.
La transformation attendue est autant institutionnelle que sociale. En soutenant la SECOMIF, les ateliers techniques, la nouvelle législation, la digitalisation des IMF et COOPEC, les agents bancaires, les TPE, les cartes de paiement et la Centrale des risques, TRANSFORME intervient sur toute la chaîne de l’inclusion financière : l’accès, la proximité, la sécurité, la régulation, l’information et la confiance. C’est cette combinaison qui peut permettre à la microfinance congolaise de passer d’une logique de guichet à une logique d’écosystème.
La réussite de ce chantier dépendra toutefois de plusieurs conditions : la capacité des institutions à absorber les nouveaux outils, la formation des agents, la qualité de la supervision, la protection des clients, la maîtrise des risques numériques et l’appropriation des services par les populations. Mais le cap est désormais fixé. En appuyant les IMF, les COOPEC et la Banque centrale du Congo, le Projet TRANSFORME ne finance pas seulement des équipements ou des rencontres professionnelles. Il contribue à bâtir les fondations d’un système financier plus proche des PME, plus accessible aux femmes et aux jeunes, et plus apte à soutenir une croissance durable et équitable en République démocratique du Congo.