La RDC sort de la liste grise du GAFI après quatre années de surveillance renforcée
La République démocratique du Congo a été retirée de la liste des juridictions placées sous surveillance renforcée par le Groupe d’action financière, communément appelée « liste grise », selon l’annonce faite vendredi 30 octobre 2026 par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi.
La décision découle de la plénière du GAFI organisée du 28 au 30 octobre sous la présidence britannique de Giles Thomson. Le GAFI avait inscrit à l’ordre du jour l’examen des progrès réalisés par les juridictions soumises à une surveillance renforcée.
La RDC figurait sur la liste grise depuis octobre 2022. Cette inscription signifiait que le pays s’était engagé à corriger, dans un calendrier convenu avec le GAFI, les lacunes stratégiques relevées dans son dispositif de lutte contre le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive. Elle ne constituait ni une sanction financière ni un appel à interrompre les relations commerciales avec le pays. Le GAFI demande aux institutions financières d’appliquer une approche fondée sur les risques, sans exclure automatiquement les clients ou les transactions provenant d’une juridiction placée sous surveillance renforcée.
Un plan d’action évalué sur plusieurs années
La sortie de la liste intervient après quatre années de réformes législatives, institutionnelles et opérationnelles. Le plan convenu avec le GAFI comprenait 23 actions portant notamment sur l’évaluation des risques, la surveillance des acteurs financiers et non financiers, les déclarations d’opérations suspectes, les enquêtes financières, les poursuites judiciaires et l’application des sanctions financières ciblées.
En septembre 2026, le ministère des Finances avait organisé des ateliers de préparation à la visite sur place des experts du GAFI. Cette mission devait vérifier l’application effective des mesures adoptées et leur capacité à produire des résultats dans la durée. Les autorités congolaises ont alors demandé aux banques, aux établissements financiers non bancaires et aux professions non financières désignées de mieux identifier leurs clients et leurs bénéficiaires effectifs, d’évaluer les risques et de transmettre les déclarations d’opérations suspectes à la Cellule nationale des renseignements financiers.
Le quatrième rapport de suivi renforcé de la RDC, adopté en mars 2026 par le Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale, avait déjà constaté des progrès dans la correction des lacunes techniques relevées lors de l’évaluation mutuelle de 2020. Le rapport précisait toutefois que la conformité aux textes ne suffisait pas à elle seule et que l’efficacité opérationnelle du dispositif devait être évaluée séparément.
La CENAREF est également devenue membre du Groupe Egmont en juillet 2026. Cette admission lui permet d’échanger des renseignements financiers avec les cellules homologues étrangères, notamment sur les bénéficiaires effectifs, les comptes bancaires, les sociétés, les transactions et les avoirs détenus à l’étranger.
Les appuis du Projet TRANSFORME

Le Projet TRANSFORME salue le retrait annoncé de la RDC. Ce résultat est celui des autorités congolaises et de l’ensemble des institutions chargées de la prévention, de la détection, des enquêtes et des poursuites en matière de criminalité financière. Il correspond aussi à l’un des objectifs des réformes soutenues par le Projet dans le cadre de sa composante consacrée à l’inclusion financière et à l’amélioration de l’accès au financement.
L’appui du Projet TRANSFORME couvre l’assistance technique, les équipements, les technologies, les formations et certains moyens de fonctionnement nécessaires aux institutions engagées dans la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
Il accompagne notamment la CENAREF et ses partenaires institutionnels dans l’évaluation nationale des risques, l’élaboration de la stratégie nationale, la détection des flux financiers illicites et l’adaptation du cadre juridique congolais aux normes internationales. Cet appui comprend aussi les travaux relatifs à l’identification des clients, à la prévention de l’utilisation des services financiers informels et à la création d’un registre des bénéficiaires effectifs.
Le Projet a, par ailleurs, engagé l’acquisition et l’installation d’équipements et de logiciels destinés à opérationnaliser la plateforme de la CENAREF et à renforcer TRANSACTUS, le dispositif utilisé pour la transmission et le traitement des déclarations d’opérations suspectes.
Ces interventions ont également concerné le Comité de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, qui participe à la coordination du dispositif national. La CENAREF a associé ce comité, la Banque centrale du Congo, l’Autorité de régulation et de contrôle des assurances, les autorités judiciaires et les représentants des professions non financières aux travaux de mise en œuvre du plan d’action.
Maintenir les réformes après le retrait
La prochaine étape consiste à conserver les capacités institutionnelles mises en place pendant le processus d’évaluation. Elle impose de poursuivre les analyses financières, les contrôles fondés sur les risques, les enquêtes, les poursuites et le recouvrement des avoirs issus d’activités criminelles.
Le fonctionnement du Comité national de mise en œuvre des sanctions financières ciblées fait partie de ce dispositif. Installé en avril 2025, ce comité est chargé d’appliquer les mesures de gel des avoirs prévues par les résolutions des Nations unies relatives au terrorisme et au financement de la prolifération.